Et si l’intelligence artificielle devenait la nouvelle brique de l’État?

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L'IA pour tous commence par une structure d'État 5.0

Dans l’espace public, l’intelligence artificielle impressionne. Elle fascine, parfois elle inquiète. Mais derrière les outils visibles se joue une transformation beaucoup plus profonde : l’IA est progressivement appelée à devenir une composante des services publics, au même titre que les infrastructures qui les soutiennent.

Une demande de prestation, un rendez-vous médical, une déclaration fiscale ou encore une demande de place en garderie peuvent déjà s’inscrire dans des environnements numériques où les données circulent entre plusieurs systèmes et organisations.

Mais comme toute construction, cette transformation ne peut reposer uniquement sur ce qui est visible. Elle a besoin de fondations solides.

Dans cette nouvelle, Stéfanie Vallée, s’intéresse à ces fondations et propose de réfléchir à l’IA publique à partir d’une question centrale : le citoyen pourra-t-il comprendre par où passent ses données, faire corriger une erreur et savoir qui demeure imputable lorsqu’une décision est assistée par l’IA?

La chaîne de valeur du numérique durable

Pour Stéfanie Vallée, une stratégie numérique ambitieuse ne peut se limiter à financer de nouveaux outils ou à accélérer la productivité. La transformation numérique durable suppose plutôt de considérer l’ensemble de la chaîne de valeur : infrastructures, données, capacités, services, valeur publique et résilience.

Ces six maillons sont interdépendants. La faiblesse de l’un d’entre eux peut créer une dette technologique, organisationnelle ou informationnelle qui finit par se répercuter sur les services offerts au citoyen.

L’enjeu dépasse donc largement la performance d’un algorithme. Il concerne la capacité de l’État à comprendre, gouverner et maîtriser les systèmes qu’il met en place.

Vers un État 5.0

Cette réflexion mène à une autre idée : celle d’un État 5.0, structuré autour de la donnée, mais également humano-centré, capacitaire et durable.

Une administration peut disposer des technologies les plus avancées sans nécessairement créer davantage de valeur publique. La question déterminante demeure : qu’est-ce que le citoyen gagne concrètement?

Un meilleur service? Des délais réduits? Des coûts publics maîtrisés? Une meilleure protection des données?

Et surtout : que se passe-t-il lorsqu’un système se trompe?

Une personne dont le dossier est refusé à la suite d’une analyse automatisée ne devrait pas avoir pour seule réponse que « le système l’a recommandé ». Elle devrait pouvoir comprendre les critères déterminants, demander une révision humaine, faire corriger une erreur et disposer d’un recours accessible.

Cinq questions pour une IA publique durable

À l’heure où les gouvernements accélèrent l’adoption de l’IA, cinq questions deviennent essentielles :

Qui est responsable?
Ministère, fournisseur, intégrateur, hébergeur, opérateur ou sous-traitant : les responsabilités doivent être clairement établies.

Qu’arrive-t-il aux données?
Les données, les métadonnées, les journaux et les résultats produits dans le cadre d’un mandat public doivent faire l’objet d’une gouvernance claire.

Comment vérifier le système?
La transparence ne consiste pas simplement à déclarer qu’une IA est utilisée. Elle suppose des traces, des audits, des tests et des mécanismes de correction.

L’organisation est-elle prête?
Gouvernance des données, cybersécurité, compétences internes et gestion contractuelle sont autant de capacités nécessaires avant même l’acquisition d’une solution.

Peut-on reprendre le contrôle?
Une administration doit pouvoir suspendre un système, récupérer ses données, changer de fournisseur ou revenir à un processus humain lorsque la situation l’exige.

Ces questions prennent une importance particulière avec l’émergence de l’IA agentique, capable non seulement d’analyser de l’information, mais également d’exécuter des actions dans des flux opérationnels. Dans ce contexte, savoir qu’un humain demeure « dans la boucle » ne suffit plus. Il faut également savoir qui intervient, à quel moment, avec quel pouvoir d’interruption et quelle obligation de rendre compte.

Bâtir la confiance sur de bonnes fondations

Pour Stéfanie Vallée, ces exigences ne constituent pas un frein à l’innovation. Elles peuvent au contraire contribuer à créer un environnement plus prévisible pour les organisations publiques et leurs partenaires privés, en plaçant la sécurité, l’interopérabilité et la responsabilité au cœur de la transformation numérique.

L’enjeu est donc moins de multiplier les algorithmes que de développer les capacités permettant de les gouverner.

Si l’IA devient la nouvelle brique et le nouveau mortier de l’État, encore faut-il construire sur des fondations solides : des données gouvernées, des infrastructures maîtrisées, des capacités organisationnelles durables et un contrôle démocratique des décisions automatisées.

L’IA pour tous commencera véritablement lorsque chaque citoyen pourra dire : je comprends suffisamment pour faire confiance, mes données sont protégées et je dispose d’un recours lorsqu’un système se trompe.

C’est peut-être là que se trouve le véritable défi de l’IA publique : non pas seulement développer une technologie performante, mais bâtir un État 5.0 capable d’en maîtriser durablement les fondations.

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L’IA POUR TOUS COMMENCE PAR UNE STRUCTURE D’ÉTAT 5.0